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Importation de foie gras et fourrures: mettre fin à "l'hypocrisie"

Le gavage des oies et canards est interdit en Suisse, mais 200’000 kg de foie gras sont importés chaque année, dénonce Alliance Animale Suisse (image symbolique). © KEYSTONE/AP/BEBETO MATTHEWS
Le gavage des oies et canards est interdit en Suisse, mais 200’000 kg de foie gras sont importés chaque année, dénonce Alliance Animale Suisse (image symbolique). © KEYSTONE/AP/BEBETO MATTHEWS


Publié le 29.06.2022
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Les initiatives populaires contre l'importation de foie gras et de fourrure provenant d'animaux maltraités sont lancées. La Suisse a des exigences élevées, mais autorise ces produits issus de la cruauté à l'étranger, selon les initiants, qui dénoncent une hypocrisie.

Le gavage des oies et canards est considéré comme de la cruauté envers les animaux et interdit en Suisse depuis plus de 40 ans, ont souligné mercredi les représentants d'Alliance animale suisse. Au lendemain du feu vert à leurs deux initiatives, les représentants des comités d'initiative et organisations partenaires ont défendu à Berne leurs arguments devant les médias.

L'initiative populaire "Oui à l'interdiction d'importer du foie gras" (initiative foie gras) veut interdire constitutionnellement l'importation de foie gras et de produits à base de cet abat. Celle intitulée "Oui à l'interdiction d'importer des produits à base de fourrure fabriqués dans des conditions de cruauté envers les animaux" (initiative fourrure) veut également interdire l'importation de fourrure.

Grosse demande

La Suisse importe 200’000 kg de foie gras annuellement, selon les initiants. Et chaque année, ce sont ainsi 400’000 canards et 12’000 oies qui sont gavés et tués afin de répondre spécifiquement à cette demande.

Idem pour les produits à base de fourrure. La législation helvétique impose des exigences si élevées aux producteurs de fourrure qu‘une production indigène ne serait pas rentable. Résultat: environ 350 tonnes de fourrures sont importées chaque année, ce qui correspond à l’abattage d’environ 1,5 million d’animaux.

Plus de la moitié de ces fourrures proviennent de Chine, où les conditions de détention et d’abattage des animaux, parfois dépecés encore vivants, sont régulièrement pointées du doigt. Toutes les méthodes d’élevage et de mise à mort contreviennent clairement à la législation suisse sur la protection des animaux.

Mettre fin à l'hypocrisie

La législation suisse interdit les mauvais traitements envers les animaux lorsque ceux-ci peuvent être évités. Eleveurs et producteurs locaux risquent des sanctions pénales et amendes en cas de violation de ces dispositions. "Pourtant, notre pays autorise chaque année l’importation de produits dont le mode de production est strictement interdit en Suisse", insiste Alliance animale suisse.

"Notre Parlement vote des lois qui interdisent la cruauté envers les animaux, mais accepte cette cruauté si elle est produite à l’étranger", écrivent les initiants. Avec leurs deux initiatives, ils visent "à mettre un terme à cette hypocrisie".

Ils balaient l'argument selon lequel interdire ces importations ne serait pas compatible avec les obligations commerciales internationales de la Suisse. "Tous les accords prévoient des exceptions pour les mesures nécessaires à la protection de la morale publique et de la vie ou de la santé des animaux", affirme Alliance animale suisse.

Et de citer les interdictions d‘importation de fourrure de phoque, de chien et de chat déjà inscrites dans la loi. "La plus haute cour de l‘Organisation mondiale du commerce (OMC) a explicitement reconnu que la protection des animaux fait partie de la morale publique", relèvent les initiants. Des arguments qui s'appliquent aussi au foie gras.

Jusqu'au 28 décembre 2023

La collecte des signatures est officiellement lancée. Les deux comités d'initiative ont jusqu'au 28 décembre 2023 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires.

Des personnalités connues, comme le publiciste suisse Erich Gysling, le présentateur de télévision Kurt Aeschbacher, le conseiller aux Etats Thomas Minder (sans parti/SH) ainsi que les conseillères nationales Doris Fiala (PLR/ZH) et Martina Munz (PS/SH), font partie des deux comités.

Plusieurs interventions allant dans le même sens que les deux initiatives sont en suspens au Parlement. Le Conseil fédéral, qui n'est pas favorable à une interdiction d'importation, dit plancher sur une obligation de déclaration pour les produits étrangers fabriqués selon des méthodes interdites en Suisse.

ats

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