La Liberté

Des espoirs de paix en Colombie

La Suisse accompagne le processus de paix dont le nouveau cycle de négociations commence ce lundi

Céline Elber

Publié le 14.08.2023

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Diplomatie » Les efforts de paix en Colombie, soutenus par la Suisse, n’avancent que lentement. Malgré un accord de paix avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), la violence fait partie du quotidien dans de nombreuses régions. Les négociations avec d’autres guérillas se développent, a relevé le président de la Confédération Alain Berset lors d’une visite en Colombie la semaine passée.

Le prochain cycle de négociations avec l’Armée de libération nationale (ELN), la deuxième guérilla d’extrême gauche, débute lundi à Caracas, au Venezuela. La Suisse est, avec l’Allemagne, la Suède et l’Espagne, l’un des quatre pays accompagnant le processus de paix entre le gouvernement et le groupe armé d’inspiration guévariste.

En juin, un premier succès a été enregistré lors de ces négociations: l’ELN a signé un accord de cessez-le-feu d’une durée de six mois. Celui-ci est entré en vigueur le 3 août.

L’objectif déclaré du président colombien Gustavo Petro, premier président de gauche du pays, est la «paz total», la paix totale. Le journal colombien El Tiempo a qualifié la visite d’Alain Berset de «visite importante» pour atteindre ce but, notamment en raison de l’appartenance de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce dernier est d’une grande importance pour les efforts de paix en Colombie. Mais dans ce pays, beaucoup d’espoirs pour la paix reposent sur Gustavo Petro, car il a lui-même fait partie d’une guérilla avant de déposer les armes et de se lancer en politique il y a une trentaine d’années.

Vacance du pouvoir

Malgré les négociations, la Colombie est toutefois encore loin de la «paz total». Le départ des Farc de leurs anciennes zones d’influence a créé un dangereux vide de pouvoir. Dans de vastes régions du pays, la guérilla avait pratiquement remplacé l’Etat.

Depuis, de nouveaux groupes s’y disputent le pouvoir. L’ELN s’est implantée sur d’anciens territoires des Farc, tandis que dans d’autres régions, des combattants dissidents des Farc ou des cartels de la drogue exercent des violences.

Rien qu’en 2022, 215 défenseurs des droits de l’homme ont été assassinés, 94 personnes tuées et 83 000 personnes ont dû fuir leur village à cause des conflits armés. La Colombie fait partie des pays comptant le plus grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, après la Syrie et l’Ukraine.

La volonté est là

Dans une interview accordée à Keystone-ATS, Alain Berset s’est montré modérément optimiste quant à l’avenir des négociations de paix après une visite de trois jours sur place. Il y a certes une forte volonté des parties impliquées dans les négociations de faire avancer les efforts de paix, mais en même temps, la situation reste complexe.

«Il ne s’agit pas seulement des gens qui sont assis à la table et qui négocient, a déclaré le conseiller fédéral. Le cessez-le-feu doit être respecté par les membres de l’organisation répartis dans tout le pays. Le fait que toutes ces personnes acceptent un éventuel accord ne va pas de soi.» La Colombie a déjà prouvé que les efforts de paix avec les guérillas peuvent réussir. Après l’accord de paix de 2016, les anciens combattants des Farc se sont rendus dans des espaces de réintégration appelés Espaces territoriaux de formation et de réintégration (ETCR).

Dans ces zones, près de 13 000 personnes apprennent à vivre dans une société en paix. Alain Berset a visité mercredi l’un de ces centres, l’ETCR de Dabeiba, dans le nord-est du pays. Les anciens combattants y vivent avec leur famille, cultivent du café ou pratiquent la couture. Un hôtel y a même vu le jour. Mais le processus d’adaptation à la vie civile ne s’est pas déroulé aussi bien dans tous les espaces de réinsertion. De nombreux ex-guérilleros ont eu du mal à franchir le pas et le gouvernement n’a pas tenu certaines promesses. Les emplois manquent et la situation sécuritaire est parfois précaire pour les anciens membres des Farc. Certains ont donc repris les armes. Ce week-end, un attentat à la voiture piégée et une embuscade imputées aux dissidents des ex-FARC ont causé la mort de quatre policiers. ATS

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