La Liberté

Sarclo sort de son silence

Le chanteur franco-suisse Sarclo sort un livre avec quatre CD de chansons nouvelles et anciennes

Le chanteur, auteur, compositeur suisse Sarcloret, de son vrai nom Michel de Senarclens Chinet, à Lausanne il y a quelques jours. © Keystone
Le chanteur, auteur, compositeur suisse Sarcloret, de son vrai nom Michel de Senarclens Chinet, à Lausanne il y a quelques jours. © Keystone

Tania Buri

Publié le 27.09.2022

Temps de lecture estimé : 5 minutes

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Edition » Le chanteur franco-suisse Sarclo sort un livre avec quatre CD compris. Il rompt une promesse faite il y a dix ans de ne plus écrire de chansons. Pour le plus grand bonheur de ses fans, ou de ceux qui le découvrent. Comme Stéphane Laurenceau, animateur depuis deux décennies sur Couleur 3. Il a avoué ne pas connaître Sarclo avant de lui adresser des louanges lors d’une émission de trois heures que la RTS lui a consacrée la semaine dernière.

«Depuis que je suis né, dans les années 70, on me serine avec des Georges Brassens, Jacques Brel, des auteurs à textes, que j’ai adoré découvrir. Mais depuis quelques jours, vous avez rejoint cette équipe de grands messieurs, qui traversent les époques», a dit l’animateur dans sa chronique. «Aujourd’hui, les rares chanteurs francophones qui me parlent, c’est Orelsan, Mickey 3D, ou Stromae dans une moindre mesure. Et pour moi, vous êtes le chaînon manquant, le gardien du phare, le taulier qui maintient la baraque en place, depuis le départ des grands, a-t-il poursuivi. A mesure que j’écoutais vos chansons, je me suis fait la réflexion que vous deviez être une sorte d’ovni du star-système. Et ce soir j’ai envie de crier à l’injustice, de ne pas vous voir plus souvent quand j’allume ma télé.»

Avec son fils

Pour d’autres, Sarclo fait partie de l’ADN des boomers et d’une partie de la génération X de Suisse romande et de France. On se souvient de lui sur la scène libre des Faux-Nez à Lausanne, au Festival de la Cité ou celui du Bois de la Bâtie à Genève.

Il y a fort à parier que grâce aux quatre CD qui viennent de sortir, produits avec son fils Albert Chinet, 27 ans et chanteur comme son paternel, ce sera au tour des millenials et de la génération Z de faire sa connaissance. Seul son male gaze (perspective masculine) pourrait faire grincer les dents des plus jeunes.

Sur les CD, des chansons nouvelles, anciennes, réinventées. Et les titres annoncent le programme: Je n’ai jamais fait aussi jeune, Je n’ai jamais été aussi vieux, Je n’ai jamais été aussi seul et J’ai jamais rien compris à Dylan. En attendant, il répare un four quand il nous accueille à Lausanne dans l’appartement de son fils. Moustache à la gauloise, Sarclo a le verbe et le regard vifs, comme sa dégaine. Il se prête au jeu des photos avant de répondre à quelques questions.

Sarclo a écrit 150 chansons. «C’est peu et beaucoup à la fois. Anne Sylvestre en a inventé plus de 600 et Dylan le double», rigole-t-il. On peut maintenant toutes les trouver dans son Bouquin, paroles et tablatures comprises. En plus des chansons, «j’ai mis des petites fichettes pré-nécrologiques sur mes copains dans mon livre». On découvre 240 pages d’anecdotes, une galerie de personnages, des recettes de cuisine, des confessions, des extraits choisis d’une vie qu’il s’est bâtie comme son Théâtre à Montreuil.

Car Sarclo a quitté la Suisse pour Paris il y a dix ans, annonçant ne plus vouloir écrire. «En 2011, j’ai dit à mes copains: «J’ai l’âge de Brassens quand il a cassé sa pipe, 60 ans. Et ses derniers disques étaient moins bons que les premiers.» Je voulais éviter ce piège.» Mais deux événements vont l’inciter à reprendre la plume: «J’ai reçu une guitare du bluesman loclois Napoléon Washington (1972-2015) et ma môme à Paris a fait une leucémie.»

Et Bob Dylan va l’inspirer à nouveau, comme à ses débuts. «Les chansons de Zimmerman sont sublimes. Et les Français les connaissent mal: il y avait un boulot de traduction intéressant à faire.» Car les chansons sont des bornes dans la vie des gens, selon lui. «Brassens m’a sauvé la vie. A chaque disque, j’arrêtais de bosser à l’école, parce que j’apprenais d’abord ses chansons. Il me sauvait parce que j’étais en grand danger de m’emmerder. J’habitais Yverdon, vous imaginez…» Si plus jeune, il a beaucoup lu et écouté Prévert, Vian, Charlélie Couture, Hubert-Félix Thiéfaine, Wolinski et Topor, il porte son attention aujourd’hui sur des gens comme Salman Rushdie, Viriginie Despentes, Loic Lantoine et Bernard Adamus.

Reprendre la route

Avant son premier disque sorti en 1981, il a fait la manche à Paris dans le métro pendant son stage d’architecte. «On faisait les cons avec La Bande en l’air et Aguigui Mouna, un clochard-philosophe libertaire, pacifiste et écologiste.» Sarclo aime toujours autant la scène et donne environ 50 concerts par année. «J’ai 71 ans et je me porte plutôt bien pour un garçon de cet âge. Je le dois à mes chansons que j’ai envie de traîner partout. Y’a un p*** de bonheur partagé à monter sur scène.» Et il rêve de reprendre la route «avec une remorque derrière sa bagnole, une sono et 40 chaises en plastique. J’installerais ma Sarclomobile dans la cour d’une ferme ou devant un théâtre à Avignon.» Dans l’intervalle, il est attendu dans de vraies salles et dans des librairies comme il y en a peu à Genève avant de donner plusieurs concerts en Suisse et en France. ATS

» Sarcloret, Le Bouquin, Ed. Cousu Mouche, 240 pp. et 4 CD.

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