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L’article en ligne – Critique série » Love Death + Robots revient en grande pompe après une saison deux en deça. Que vaut le retour attendue de l’anthologie d’animation du grand N rouge ?  

Un retour aux délires psychédéliques tous azimuts pour l’anthologie de David Fincher et Tim Miller. © https://www.space.com/love-death-robots-netflix-season-3
Un retour aux délires psychédéliques tous azimuts pour l’anthologie de David Fincher et Tim Miller. © https://www.space.com/love-death-robots-netflix-season-3

Yvan Pierri

Publié le 27.06.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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L’anthologie d’animation produite par le grand David Fincher et son comparse Tim Miller est de retour. Après une saison deux qui avait quelque peu déçu en délaissant la folie créative de la première itération  pour ressortir les poncifs éculés de la science-fiction, le retour de Love Death + Robots, annoncé en grande pompe en mai 2022 par Netflix au moyen d’une spectaculaire bande-annonce, était attendu au tournant. Attente alimentée de surcroît par la présence, clamée haut et fort dans la campagne promotionnelle, du réalisateur de Fight Club et Zodiac en personne à la barre d’un épisode de cette nouvelle fournée. L’implication du grand cinéaste soutendait une volonté de la part de l’équipe créative de renouer avec l’esprit déjantée de la première saison. Une note d'intention que semble confirmer le premier des neufs épisodes posté sur Netflix en mai dernier, “Les trois robots: stratégie de sortie” étant en effet la séquelle à l’épisode Les trois robots qui inaugurait la première Love Death + Robots en 2019…

Si cette nouvelle livraison d’épisodes n’atteint pas les sommets qu’avaient côtoyé la série en 2019, elle reste tout du moins extrêmement honorable. La qualité de l’animation est comme d’habitude bluffante, semblant sans cesse repousser les limites du photoréalisme et des expérimentations techniques. Il est à ce titre extrêmement plaisant de voir la série revenir à une variété stylistique qui faisait défaut à la précédente saison. Une variété de styles et une variété de tons qui dénote de la totale liberté créative des animateurs qui s’en donnent ici à cœur joie pour créer des mondes et univers évocateurs d’ailleurs souvent éloignés de la science-fiction guerrière. Si les épisodes retombent dans quelques pièges que l’anthologie ne sait pas toujours éviter - telle une propension à céder trop facilement à une vulgarité sans profondeur dans un souci parfois un peu encombrant de “faire mature” - il est difficile de bouder son plaisir face à des propositions aussi délirantes que les rats insurgés du drolatique “Les rats de Mason”, l'hilarant concept de “La nuit des petits morts”  ou encore l’horreur existentielle du lovecraftien “Dans l’obscurité des profondeurs”, aussi angoissant que surprenant. 

Passé les saillies ironiques un peu convenu de l’épisode inaugural arrive le tant attendu “Mauvais Voyage” et son équipage de pirates en proie à un terrifiant crustacé géant, réalisé par David Fincher qui paraît réaliser par procuration son fantasme d’adapter le “Vingt Milles Lieues sous les mers” de Jules Verne. Épisode somme toute assez classique, il n’en reste pas moins généreux en tripaille exposée et en tension maritime, ce qui en fait un court-métrage extrêmement bien tenu marqué par des saillies gores bien senties et un style visuel des plus singuliers. 

Mais le vrai joyau noir de cette saison est l’aussi hypnotisant qu’inclassable Jibaro réalisé par Alberto Mielgo qui avaient déjà livré en 2019 l’un des épisodes les plus marquants de la série avec “The Witness”. Fascinant ballet sensoriel hyperréaliste, cette histoire d’amour et de mort entre un chevalier sourd et une sirène de fleuve met à profit sa réalisation frénétique et son atmosphère sonore au service d’une étouffante énergie hyperactive. Sautant sans cesse et abruptement entre un point de vue objectif quasi-documentaire et le coeur de la subjectivité de son (anti)héros malentendant, tout dans “Jibaro” est pensé pour dire la perte de repère, la fascination et la folie. Décidément le point d’orgue d’une troisième saison qui aura relevé le niveau…
 

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