La Liberté

La mainmise des six fantastiques

Le cyclisme mondial connaît un nouvel âge d’or après le succès de Van der Poel sur Paris-Roubaix

Publié le 11.04.2023

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Classique » Le triomphe de Mathieu Van der Poel dimanche sur Paris - Roubaix confirme la mainmise de six superstars du cyclisme. Leur sport connaît un nouvel âge d’or grâce à ces champions écrasant tout sur leur passage, et avec panache. Il faut remonter des décennies en arrière pour trouver la trace d’une telle profusion de talents qui festoient de février à octobre, en ne laissant que des miettes au reste du peloton. Depuis les Eddy Merckx et Bernard Hinault, on a connu des coureurs au palmarès d’exception. Mais jamais autant en même temps, ni sur la durée de toute la saison.

Et puis il y a eu les années de plomb, minées par le dopage, dont il faut espérer qu’il ne ressurgisse pas, ce qu’aucun élément ne permet d’attester aujourd’hui. «Non, Mathieu n’est pas un extraterrestre. Il est humain. C’est juste un coureur super fort», a insisté Jasper Philipsen, deuxième dimanche de l’Enfer du Nord derrière son leader Van der Poel et devant Wout van Aert, autre membre de la confrérie des gloutons. «Ces gars ont quelque chose en plus», a ajouté le sprinteur belge.

Dans le sillage de Merckx

La veille, la concurrence avait fait le même constat sur le Tour du Pays basque, survolé par Jonas Vingegaard. Le Danois a raflé le classement général et la moitié des six étapes pour porter son bilan à huit victoires cette saison. Une semaine plus tôt, c’est Tadej Pogacar, le plus gourmand de tous, qui a ratatiné la meute sur le Tour des Flandres, après avoir déjà triomphé sur le Tour d’Andalousie et Paris - Nice. Le Slovène, double vainqueur du Tour de France, en est déjà à dix succès en 2023. Son compatriote Primoz Roglic boxe dans la même catégorie avec sept victoires. On en oublierait presque le sixième élément, le prodige belge Remco Evenepoel. Le champion du monde en titre ne compte pour l’instant «que» trois succès, dont le Tour UAE, à son tableau de chasse en 2023.

A eux six, ils ont remporté toutes les courses les plus importantes de l’année jusque-là. Il n’est plus à exclure que l’un d’eux parvienne un jour à imiter Merckx, le seul dans l’histoire à avoir remporté les trois grands Tours et les cinq Monuments.

Avec panache

Alors que les courses des anciens faisaient parfois bâiller, la domination des six, qui, hormis Roglic, sont tous encore jeunes (entre 23 et 28 ans), se fait au panache. Il y a des attaques à gogo, des raids solitaires insensés, des rebondissements et des duels épaule contre épaule, dans le bruit et la fureur. Les courses sont débridées – «c’était dingue, on a couru comme des juniors», a rapporté Van der Poel à Roubaix – et avalées à toute blinde. Jamais le Tour des Flandres et Paris-Roubaix (46,841 km/h) n’avaient été courus aussi vite. «A partir de 100 km de l’arrivée, c’était pleins gaz», a rapporté le Thurgovien Stefan Küng, cinquième après avoir «tout donné» mais «complètement vidé à la fin» alors que les ogres «avaient encore une cartouche».

Pour expliquer ces moyennes endiablées, les acteurs renvoient vers des vélos de plus en plus performants, des progrès dans la nutrition, les stages d’altitude et l’entraînement optimisé. «Le cyclisme s’est beaucoup professionnalisé. Tous les curseurs sont poussés au maximum. Avant, c’était plus simple: on faisait du vélo la journée et on mangeait des pâtes le soir», résume le vétéran allemand Simon Geschke, qui a «du mal à imaginer que le niveau puisse monter encore». En attendant, le spectacle continue. A Liège - Bastogne - Liège fin avril, où on attend un duel Pogacar - Evenepoel. Au Giro en mai, où Evenepoel et Roglic croiseront le fer. Et, bien sûr, sur le Tour de France (1er au 23 juillet), point d’orgue de cette saison alléchante. ATS/AFP

Le classement

120e Paris-Roubaix, Compiègne - Roubaix (256,6 km): 1. Mathieu van der Poel (NED/Alpecin) 5h28’41. 2. Jasper Philipsen (BEL) à 46’’. 3. Wout van Aert (BEL), m.t. 4. Mads Pedersen (DEN) à 50’’. 5. Stefan Küng (SUI). 6. Filippo Ganna (ITA), m.t. Puis: 34. Fabian Lienhard (SUI) à 5’36. 42. Silvan Dillier (SUI), m.t. Abandons: Dylan van Baarle (NED), Kasper Asgreen (DEN), Peter Sagan (SVK).


Un top 10 pour Ilian Barhoumi

Ilian Barhoumi n’a pas raté son retour sur route. Après avoir commencé la saison sur son VTT, le Bullois (17 ans) a pris dimanche la 10e place du Paris-Roubaix juniors, à 37 secondes du vainqueur français Matys Grisel. «On espère toujours mieux, mais ce top 10 au niveau international a beaucoup de valeur. La course était très nerveuse. Ça tombait et ça crevait de partout. Moi-même, j’ai connu une petite chute à 50 km de l’arrivée. Au moment où je suis revenu sur la tête de course, il y a eu l’attaque décisive. Je n’ai pas eu la force pour suivre les meilleurs», commente le Gruérien joint par téléphone hier. Ilian Barhoumi poursuivra sa saison dans deux semaines en Italie aux Strade bianche. «Ça va monter davantage mais j’ai prouvé que j’avais le niveau des meilleurs mondiaux», se réjouit-il. FR

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